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Les enfants de la RD.Congo exploitent les mines de coltan et sont victimes d’abus pour approvisionner les industries des smartphones de l’étranger

L’aurore s’observe encore quand Solange quitte sa maison à 5 heures du matin pour son travail dans les mines de l’est du Congo, où elle creuse à la bêche pour trouver un minerai métallique noir appelé aussi colombo-tantalite.
Vous n’en avez peut-être jamais entendu parler, mais ce minerai – connu sous le nom de coltan – contient un métal clé utilisé dans la fabrication des cartes de circuits électroniques qui alimentent les smartphones, les consoles de jeux et les ordinateurs.
Mais l’histoire du coltan ne se résume pas aux profits miniers et aux merveilles technologiques. C’est aussi une histoire d’exploitation en RDC.

Une source de conflit au Congo 

Des années de violence et de conflit politique à travers la République démocratique du Congo ont fait de ses vastes richesses minières une source de revenus intéressante – et les groupes rebelles font tout ce qu’il faut pour contrôler l’approvisionnement dans certaines régions .
En conséquence, l’industrie minière du coltan, et le métal très prisé qu’est le tantale qui en est extrait, est un “minerais de conflit”, étroitement lié à toute une série de violations des droits de l’homme, de la même manière que les diamants dits de sang de l’Afrique sont également vendus pour financer certains conflits dans de pays Africains. 
Les enfants comme Solange ne sont pas  les premiers à payer le prix du commerce du coltan. Beaucoup d’entre eux commencent à travailler dès les bas âges . 
Solange a commencé à travailler dans les mines alors qu’elle n’avait que 11 ans. A 15 ans, elle vivait dans sa propre maison avec un homme mais sans mariage . 
Aujourd’hui, à 17 ans, Solange est déjà veuve et mère de deux petits garçons . 
Il y a 53 travailleurs sur le site de la mine dans laquelle elle travaille, dont 32 filles comme Solange. Lorsque Solange a été embauchée, elle a été affectée à une équipe de 18 hommes, qui creusaient le coltan avec eux toute la journée et mangeaient avec eux le soir.
« Je me suis habituée à eux. Je n’avais pas honte comme les autres femmes de l’équipe » , dit-elle.
La plupart des travailleurs des mines sont issus de familles pauvres et ont peu d’éducation. Ils n’ont guère d’autres possibilités pour gagner leur vie.
Par rapport aux autres membres de son équipe, Solange — qui a terminé au moins finis son certificat d’école primaire dans son équipe — est considérée comme très instruite. 
Mais elle n’a jamais eu la chance de terminer son diplôme d’école secondaire .
« Comme j’étais la fille aînée de ma famille , j’ai pris la responsabilité de mes petits frères » , dit-elle.
 « J’ai commencé à travailler dans les mines parce que mes parents ne pouvaient pas payer mes frais de l’école secondaire . »
Être victime de la pauvreté et du travail des enfants n’est pas le pire de son histoire. 
L’intelligence claire de Solange, son éducation relativement élevée et son éthique du travail ne lui rendent pas service dans les mines .
Elle était enviée par ses collègues, et finalement abusée.
Lorsque son mari Dieudonne est mort dans un accident de voiture peu après la naissance de son premier enfant, il n’y avait personne pour veiller sur elle.
Vulnérable, seule et avec un jeune bébé à charge, Solange n’avait que 15 ans quand elle dit que son chef d’équipe a commencé à exiger des rapports sexuels.
« Il m’a dit que si je n’avais pas de relations sexuelles avec lui, il me chasserait de la zone minière », dit-elle. 
Solange savait que ses parents comptaient sur son salaire pour aider la famille à survivre.
Au début, elle a refusé. Mais en retour, le patron de Solange a rendu son travail plus difficile — l’assignant à des marches quotidiennes de 3 km pour faire quitter des sacs   coltans dans les trous pour le dépôt de réserve. 
Solange savait qu’elle était punie pour avoir refusé les avances de son patron. Elle était épuisée et se sentait menacée. Son jeune enfant souffrait. 
« J’avais peur  de perdre mon boulot » , dit-elle. 
Finalement, la pression est devenue trop forte. Solange a accepté de coucher avec son patron en échange d’un poste mieux payé et moins exigeant physiquement. Au bout d’une semaine, le patron de Solange l’a promue chef d’équipe.
« J’ai gagné beaucoup plus d’argent quand le chef m’a donné cette opportunité » , dit-elle. 
« Mais j’étais comme une esclave sexuelle pour mon patron pour maintenir mon emploi et j’ai eu un enfant avec lui . »
Solange dit qu’elle s’est sentie torturée émotionnellement par l’accord qu’elle avait conclu.
« C’était dur. Ma vie dans les mines était bonne, mais j’ai été abusée sexuellement par mon patron presque chaque semaine » , dit-elle. 
«Je ne pouvais pas abandonner le travail parce que j’avais besoin d’argent pour subvenir aux besoins de mes deux petits enfants et de mes parents âgés . »
Au fil des mois, elle a commencé à remettre en question sa décision. Récemment, elle a quitté la relation avec son patron et est retournée au dur travail de l’exploitation minière .
« Je ne reçois plus beaucoup d’argent, mais je n’avais plus non plus besoin d’accepter les avances sexuelles de mon patron » , dit-elle.
Solange pleure en expliquant que pour un salaire de seulement 21 dollars par semaine, elle travaille constamment sans aucun jour de congé.
« C’est un travail très dur, mais ici nous n’avons pas d’autre travail qui puisse nous payer ce montant par jour », dit-elle.
 « Je dois rester dans ce travail en attendant. »
Malgré son faible salaire et ses longues heures de travail, Solange est toujours mieux lotie que beaucoup d’autres Congolais, la plupart vivant avec moins de 1,90 USD par jour. 

Exploitation

L’organisation international Amnesty International s’inquiète de la souffrance d’adolescents comme Solange dans l’industrie des smartphones de l’étranger et affirme que les entreprises technologiques mondiales doivent faire plus pour assainir l’approvisionnement en ressources minérales utilisées dans la fabrication électronique.
Chaque mois, des acheteurs étrangers représentant les fabricants de technologies mondiales arrivent en RDC pour acheter du coltan aux coopératives minières gérées par l’État, ce qui signifie que le tantale creusé par des enfants comme Solange finit presque inévitablement dans l’offre mondiale.
Des tentatives sont faites pour s’assurer que le coltan provient de sources éthiques, mais il est difficile à gérer.
Lorsque l’approvisionnement en provenance de pays comme la RDC est mélangé à des minéraux d’origine éthique, il est possible de dissimuler les origines du coltan et de rendre plus difficile l’identification des fabricants qui utilisent des ressources provenant de violations des droits de l’homme.
Solange n’est pas la seule femme à  être maltraitée pendant son travail dans les mines, mais la plupart ont trop honte ou craignent de perdre leur travail, pour en parler. 
Avec une éducation limitée, Solange pense que beaucoup de ses pairs féminins ont du mal à comprendre et à expliquer ce qu’elles ont vécu et souffrent plutôt seules.
Les journées longues et chargées, associées à une main-d’œuvre nombreuse, font qu’il est difficile de nouer des amitiés étroites, explique Solange.
« Je ne veux pas mourir en travaillant ici . Je quitterais un jour » , dit-elle.
« J’espère qu’un jour je pourrai avoir ma propre entreprise. Mais pour l’instant, je dois trouver un moyen de survivre à cette vie minière . »

( Cet article écrit par Esdras Tsongo est une republication  permise par l’édition d’Afrique d’Australia Broadcasting Corporation. La version originale et Anglaise  a été publiée le 29 février 2020  ).